Messieurs les Préfets maritimes
Nous reconnaissons la réception de l’arrêté inter-préfectoral et souhaitons, par la présente, apporter brièvement des éléments de clarification quant à notre situation et à notre position.
À cet égard, nous souhaitons tout d’abord attirer votre attention à l’histoire du navire : comme vous le savez, le TS Shtandart a quitté son port d’attache d’origine, Saint-Pétersbourg, en 2009 pour des raisons politiques et n’est pas retourné dans les eaux russes depuis lors.
Depuis cette date, le navire a participé à de nombreux festivals maritimes et événements portuaires en Europe occidentale, dont un grand nombre en France, sans jamais susciter d’attention négative de la part des autorités et n'est pas associé à quelconque soutien au gouvernement russe.
Au contraire, le TS Shtandart et son équipage ont noué des relations durables et de confiance avec les ports français, les organisateurs de festivals et la communauté des grands voiliers. Composé d’un équipage international réunissant souvent des individus de plus de dix pays, le navire contribue à la formation maritime, aux échanges culturels et à la préservation du patrimoine maritime commun européen.
Lorsque la Russie a attaqué l’Ukraine en 2022, cet événement a profondément affecté l’équipage. Le capitaine et l’ensemble de l’équipage rejettent sans réserve cette guerre d’agression, comme en témoignent des déclarations publiques. Il est important de préciser clairement que ni le capitaine, ni l’équipage, ni le projet n’ont jamais soutenu la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine. Cette position est claire et alignée avec le rejet fondamental par le projet, de toute forme de haine et de violence, et contraste nettement avec sa vocation première, qui est de favoriser les échanges internationaux et l’amitié en mer.
Dans le même temps, il est important de comprendre que le capitaine ainsi que certains membres de l’équipage ont des familles en Russie. Des prises de position politiques publiques, en particulier en l’absence d’un port d’attache sécurisé en Europe occidentale, comportent dès lors des risques personnels, non seulement pour eux-mêmes mais également pour des tiers, tels que le chantier naval de Saint-Pétersbourg où le navire a été initialement construit. À la lumière de cas tels que celui d’Alexeï Navalny, ces préoccupations ne sont pas théoriques et ces précautions demeurent nécessaires.
Par ailleurs, et en particulier depuis 2022, des mesures importantes ont été prises afin de distancier le projet de la Russie et d’assurer son intégration dans l’espace européen :
* Changement de pavillon : Russie → Îles Cook (06.06.2024)
* Changement de propriétaire : transfert à Mariia Martus (de nationalités finlandaise et russe, résidant à Helsinki depuis plus de dix ans)
* Résidence du capitaine : Allemagne (depuis 2011)
* Exploitant : MartusTV, Allemagne (depuis 2016), soumis à la fiscalité de l’Union européenne
* Organisation des volontaires : France
En outre, le navire :
* ne transporte pas de marchandises sous sanctions telles que le pétrole ou d’autres produits stratégiques ;
* ne génère aucun revenu au profit de l’État russe ou d’entités contrôlées par celui-ci ;
* a apporté son soutien et accueilli des réfugiés ukrainiens.
Dans ce cadre, nous nous sommes conformés sans délai à la recommandation des autorités françaises visant à remplacer le pavillon russe par celui des Îles Cook, que nous arborons depuis lors. Le règlement de l’Union européenne de 2024 mentionnant explicitement les « répliques de navires historiques » nous a également profondément affectés, dans la mesure où il vise manifestement le Shtandart, en l’assimilant à la flotte fantôme russe. Il en résulte une assimilation particulièrement disproportionnée, mettant sur un même plan un pétrolier de 300 mètres transportant du pétrole sous sanction et un petit voilier-école sans aucun lien financier avec la Russie et qui s’oppose ouvertement à la guerre.
Cette situation a placé le projet dans une position particulièrement difficile. Au lieu de poursuivre sa participation aux événements maritimes européens, le navire a dû recourir à des activités alternatives afin d’assurer sa pérennité. C’est dans ce contexte qu’une demande de l’agence de voyage russe « Kombat Tours » a été acceptée, dans l’espoir qu’une solution politique puisse être trouvée d’ici juin 2026 permettant de revenir dans les ports français. Il convient de préciser que le voyage en question a été annulé dès décembre 2025.
Nous sommes informés que des éléments concernant le Shtandart ont été communiqués aux autorités par des acteurs extérieurs, notamment M. Bernard Grua. À cet égard, nous souhaitons respectueusement souligner que certaines allégations graves ont été publiquement formulées, établissant un lien entre le navire et un soutien au gouvernement russe. Ces allégations sont infondées et ne reflètent ni la réalité du projet, ni ses activités, ni sa position.
Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir évaluer ces affirmations avec la plus grande prudence et, dans la mesure du possible, de les confronter aux faits établis ainsi qu’aux déclarations publiques du navire.
Malgré des attaques personnelles et des propos diffamatoires sur l'internet, le Shtandart continue de bénéficier d’un soutien fort et constant au sein de la communauté européenne des grands voiliers. Les partenaires français, organisateurs et capitaines demeurent en contact étroit avec nous et expriment leur souhait de voir le navire revenir dans les eaux européennes.
Nous tenons également à souligner que le TS Shtandart ne peut ni ne souhaite retourner en Russie. Son objectif est clairement de poursuivre ses activités dans l’espace maritime européen, où il est actif depuis plus de quinze ans et où se trouvent son réseau et sa communauté. Notre intention est de reprendre et de maintenir ce rôle au sein de la communauté maritime européenne, ainsi que de revenir en France, et notamment à La Rochelle, notre port d’attache d’adoption.
La présente lettre n’a pas pour objet de contester votre décision. Nous sommes conscients que cette situation dépend en dernier ressort de l’interprétation et de l’application de la loi de l’Union européenne, actuellement soumises à un examen juridictionnel. Nous vous demandons toutefois respectueusement de bien vouloir prendre en considération notre situation dans l’ensemble de son contexte factuel.
Nous restons à votre entière disposition pour toute information complémentaire ou échange, et vous remercions pour le temps que vous voudrez bien consacrer à l’examen attentif de notre situation.
Veuillez agréer, Messieurs les Préfets maritimes, l’expression de notre haute considération.
Vladimir Martus
Capitaine du TS Shtandart